19 décembre 2013 - 10 comments

La vie à la campagne

J'ai souvent lu que "la vie à la campagne, c'est la vie pure, la vraie vie". "Tu verras, à la campagne, tu pourras te ressourcer et vivre la vie que tu voudras".

Eh bien moi, la vie à la campagne, ça me faisait un peu peur, au début. Née dans un coin un peu perdu où l'on croisait sempiternellement les mêmes personnes, j'ai fui, dès que j'ai pu, cet endroit qui ne me correspondait pas. J'ai fui et atterri dans une grande ville : Lyon. C'était nouveau pour moi, ces métros qui passaient toutes les 3 minutes, plutôt habituée à une unique ligne de bus passant une fois par heure, pour nous mener encore et toujours aux mêmes endroits. À Lyon, j'avais l'opportunité de bouger, découvrir, rencontrer. S'ouvrait à moi la possibilité de faire autre chose que ce que l'on me proposait là-haut. Je n'ai jamais choisi de faire allemand deuxième langue, je n'ai simplement pas eu le choix. Je n'ai jamais choisi de faire option SES, je n'ai simplement pas eu le choix. Je n'ai jamais choisi de faire de l'anglais de spécialité. Je n'ai simplement pas eu le choix. Les effectifs réduits, les classes fermées, ce sont autant de choix qui ne sont plus. Vivre dans des coins paumés, c'est se retrouver emprisonné des choix que l'on fait pour nous : tu iras faire tes études à Nancy, ma fille. Tu feras telle licence, ma fille.

Alors j'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai saisi l'opportunité qui me permettait de fuir, loin, loin, dans une ville assez grande pour présenter une vaste étendue de possibilités, assez petite pour être belle et accueillante. Et j'en suis tombée amoureuse.

Depuis toujours, ma moitié a, elle, le désir de revivre en maison, à la campagne. Une maison que l'on peut façonner à notre image, suffisamment grande pour accueillir tous nos amis, suffisamment grande pour nous deux et nos projets. Et c'est ce que nous avons fait, il y a deux ans. Nous avons acheté cette maison, un peu loin de Lyon, mais grande comme il faut. Un peu loin, oui. Mais grande.

Aujourd'hui, deux ans après l'achat, je me rends compte que je vis mal cette ré-expatriation à la campagne. Outre l'aspect financier non négligeable, j'ai l'impression de retrouver ces contraintes de la région de laquelle je viens. Tout est loin. Le boulanger, la bonne pizzeria, la première gare. Pour tout, il faut prendre la voiture. Au quotidien, ce sentiment d'emprisonnement se fait de plus en plus fort. Les trajets maison - travail me font perdre presque 2 h 30 par jour, et j'exècre le fait d'être seule dans ma voiture, parmi des milliers d'autres, à polluer, chaque jour, et (à deux) à dépenser plus de 3 000 € par an en essence. 3 000 €. Par an. En essence.

"You're not stuck in trafic: you are trafic"

Paradoxalement, je n'échangerais pour rien au monde mon job, loin, mais qui me permet d'être en centre-ville chaque jour, et d'y prendre ma dose d'urbanisme. Tout y est accessible, à portée de main, et je crois que sans cet équilibre ville / campagne, je ne supporterais plus ma maison et cet isolement.

J'ai dit adieu au cinéma, car c'est trop compliqué. On y va de temps en temps, certes, mais pas comme avant, quand on avait notre carte illimitée. Rester en ville jusqu'à 20 heures pour se rejoindre et repartir à deux voitures une fois le film fini, c'est faisable de temps en temps, mais pas aussi souvent qu'on le souhaiterait. Et si on veut y aller le dimanche, c'est 40 minutes de route avant de trouver le premier cinéma. Autant de durée de route que de durée de film. Bel écho de ma jeunesse, dépendante de mes parents, pour la moindre sortie.

Vous aurez le droit de vous dire : "Mais qui c'est, cette fille qui ose se plaindre d'être propriétaire d'une maison à 27 ans ?". Eh bien je l'assume : c'est pesant, d'être propriétaire d'une maison à 27 ans, quand on aime à ce point la ville et que l'on s'en est privée. Au quotidien, c'est compliqué. Largement surmontable, mais compliqué.

Oui, la vie à la campagne, c'est sûrement très bien pour certains, mais ce n'est vraisemblablement pas pour moi.

Published by: Christelle Mozzati in Réflexions

Comments

Francis
19 décembre 2013 at 23 h 20 min

C’est vrai que 40 minutes, c’est long. Nous, on a trouvé un compromis, on est paumés en pleine campagne, mais à 15 minutes du centre de Bâle (250000 habitants). Et en fait, c’est nickel pour nous. La ville c’est cher, trop cher pour nous et on a aussi tenté la campagne loin pour acheter moins cher, mais j’avais trop peur de déprimer, surtout étant free. Après, c’est aussi une question d’activités comme tu en parles. Perso, je cours, je fais du VTT, je marche beaucoup donc la campagne a du bon. Mais j’ai besoin d’être en ville quasiment chaque jour pour un peu avoir l’impression « d’exister », d’être avec les autres.

Pas toujours évident non plus de concilier les mêmes envies à deux :)

Cat's eyes
20 décembre 2013 at 2 h 28 min

J’avoue que je te comprends. Moi, c’est similaire, même si un peu différent. J’adorais ma « petite ville », cela où j’ai grandi. En appartement au centre ville mais à 2 min de l’autoroute pour aller en week-end dans la maison de la grand mère ou tout simple faire les courses en grande surface facilement. Et tout à pieds ! Cinémas, magasins en ville, petit centre commercial, collèges, lycées. Dans ma petite ville « capitale de Noël » (un peu capitale de tout si on écoute les maires d’ailleurs), on a l’habitude de tout le temps dire « oh, c’est à 5 min à pieds » tellement tout paraît proche (bon, les 5min en font parfois 20 ou 30 si on traverse plus que tout le centre, mais c’est pareil pour nous la bas)
Et puis, suis arrivée à Lyon.. Appartement d’abord, mais pas au centre. Maison, mais toujours dans l’est. Toujours relativement bien desservie en bus, avec commerces à proximité, mais tout me paraît toujours tellement loin. J’ai la sensation que même quand on habite dans un coin de Lyon, ce qu’on veut est encore loin. Donc je ne sais pas si un appartement dans Lyon (que mon homme ne souhaite pas, lui qui veut aussi une maison, même si un peu petite car plus proche que la tienne) m’apporterait vraiment ce qui me manque.
J’ai travaillé 11 ans quartier part Dieu, donc je pouvais faire / trouver pas mal de choses entre midi et deux ou en rentrant le soir. Je pestais dès que c dont jdonnais besoin était plus côté bellecour, St Jean etc.. Mais c’était déjà ça. Maintenant, je bosse excentrée… Et tout me paraît encore plus loin dans cette trop grande ville.
Ton boulot te plaît, il est en ville, profite bien de cet équilibre, certes imparfait.

    Christelle
    31 décembre 2013 at 11 h 37 min

    Merci pour ton retour :) Et je profite, je profite, à fond même. J’ai peur du moment où je ne travaillerai plus en centre-ville en fait.

cot coque
20 décembre 2013 at 7 h 27 min

j’avais fait le même choix, j’avais 40 ans, un mari et 3 enfants. De l’argent, J’aimais ma maison, le fait de pouvoir y inviter tous mes amis….le week-end parce que la semaine entre le train en retard, le train annulé, je partais de chez moi à 6h du matin pour rentrer vers 21h, sans compter les soirs où j’ai du rentrer en taxi ou dormir chez une amie à Lyon car plus de train du tout. Qu’importe les enfants vivaient à l’air pur, ou du moins avaient de saines activités. Lassée de tous ces trajets, retards j’ai fini par quitté mon job à Lyon : « je retrouverai bien un job ici!!! » Pour finir mon mari est parti, emportant 2 des enfants, j’ai du vendre ma maison, je n’ai jamais retrouvé de boulot « à la campagne ». Trois ans plus tard, je vis à Lyon, j’ai retrouvé un job, je vis dans un studio avec mon fils…… Heureuse : je vais au cinéma, au musée, je fais du sport, je vois mes amis même en semaine!!!!…La campagne j’ai adoré mais c’était pas pour moi!! Je suis née au même endroit que toi, j’ai voulu le quitter, puis en retrouver l’esprit….j’ai mis 43 ans à réaliser que la vie est faite de choix et qu’il n’est pas toujours facile de les assumer quand ils vous rattrapent…. courage!!!!

Caroline
20 décembre 2013 at 10 h 42 min

Comme je te comprends …
J’ai aussi grandi dans un coin paumé comme tu dis et j’ai aussi fuis dès que j’ai pu … A Lyon donc ! Il y a des avantages et des inconvénients à vivre en ville comme à la campagne. Ne te sens pas prisonnière être propriétaire ne veut pas dire être scellé à vie ! Gros bisous Christelle :)

Ronan
4 janvier 2014 at 12 h 14 min

Je suis dans une situation similaire : j’ai vécu mon enfance et mon adolescence en pure campagne et dès que j’ai pu m’enfuir je l’ai fait. Mais maintenant, je dois faire un choix difficile : repartir vivre plus loin de la ville car nous n’arrivons plus à assumer le prix de cette vie urbaine.

Et j’appréhende, le retour aux difficultés culturelles, le tout-en-voiture etc.

Bon courage !

    Christelle
    4 janvier 2014 at 12 h 50 min

    Le tout est de bien réfléchir, de trouver le meilleur compromis, et surtout de ne pas trop se poser de questions « après » ! (C’est-à-dire faire tout l’inverse de moi). De toute façon rien n’est irréversible. Bon courage également !

chrishrmnn
4 janvier 2014 at 12 h 15 min

Je pense que tout est une question d’attente et d’envie personnelle. De ce qu’on souhaite vraiment.
Je suis né à la campagne, je vis toujours à la campagne et je ne me vois pas vivre dans une grande ville. J’ai besoin de tranquillité, de grand espace, de nature et d’air pur.

Je vis dans un grand appartement (100m2), dans un petit « hameau » de même pas 300 personnes, entouré de fermes et de champs : et c’est ce que j’aime.
Alors oui, pour aller à la boulangerie, pharmacie, faire les courses, au cinéma et même au travail, je dois prendre ma voiture mais je le savais en choisissant ce « mode de vie » et je l’accepte. Du coup, quand je pars en voiture, j’essaye de « tout faire d’un coup » pour éviter de faire 20 ou 30 minutes de route pour une baguette.

Dans l’idéal, j’aimerais me rapprocher d’une grande ville, mais ma situation géographique et professionnel ne me le permet pas vraiment. Je travaille au Luxembourg, la ville la plus proche est Metz et je n’ai pas envie de me taper les bouchons du matin, ni les transports en commun bondé à ne plus pouvoir respirer. Je préfère vivre « en province ou il faut faire ses vaccins quand on y va » (coucou mariejulien) et devoir faire 30 – 40 min de trajet jusqu’à mon travail plutôt que de me sentir « étouffer » en ville.

Je respecte et comprends les gens qui aime la ville, ça bouge, tout est accessible mais ça ne correspond pas à mes attentes.

En tout cas, je te souhaite bonne chance et j’espère que vous trouverez un compromis qui vous rendra toutes les deux heureuses :-)

    Christelle
    4 janvier 2014 at 12 h 38 min

    Hello Christophe, merci pour ton commentaire.
    Alors oui c’est évident que c’est une question d’attente personnelle. Là où c’est difficile pour moi, c’est que la vie en maison est avant tout un désir de ma compagne, qui en avait besoin. L’accès facile à la propriété m’a convaincue que l’on pouvait avoir mieux que cet appart à Lyon, et un tas d’autres facteurs ont fait que l’on a pris la décision de partir « un peu loin ».
    C’est marrant que tu parles du Luxembourg, de Metz, et tutti quanti : je connais très bien ce coin, c’est de là où je viens, c’est mon trou paumé de départ, celui que j’ai voulu fuir dès que j’ai pu. Je suis bien consciente que ça convient à beaucoup, puisque ça convient à pratiquement toute ma famille restée là-bas. (La condition de frontalier dans un pays qui paye beaucoup mieux qu’en France à poste égal rend les choses un peu plus faciles aussi, mais c’est autre chose).

    Sinon, je pense que tu as les avantages de la province sans trop avoir les inconvénients de la ville. 30 – 40 min c’est largement acceptable, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai accepté de m’expatrier : c’était le temps que l’on mettait pour aller en centre-ville, sans bouchons. Ne sachant pas où j’allais atterrir (on a acheté sachant que nous allions quitter notre boulots respectifs), on a joué, on a perdu (surtout que les deux jobs que j’ai trouvé entre temps sont vraiment dans l’hyper-centre, avec impossibilité de se garer sans payer une blinde).

    Il faut dire aussi que j’ai écrit cet article quand je sortais de 7 mois de travail intensif, cumulant deux jobs : on apprécie moins sa maison et on voit surtout le négatif du quotidien, quand on n’a plus trop de temps libre.

marroon
4 janvier 2014 at 14 h 31 min

Salut Christelle,

Je n’avais pas lu ton billet jusqu’à hier où j’ai pu votre discussion avec avec @mariejulien & cie.

Ton billet me fait sourire parce que je réfléchis depuis quelques temps à faire le chemin inverse :) Je suis un citadin pur et dur depuis tout le temps (5mn centre ville de Strasbourg & hyper-centre de Dijon) et je commence tout doucement à étouffer, à être oppressé. J’ai besoin de nature, d’espace, de vide, de calme. À chaque fois que je pars un week-end dans un gîte en forêt ou en montagne, je me sens bien. Je ne sais pas, c’est bizarre comme sensation.

J’espère trouver plus tard un idéal entre nature et proximité de la ville.

Merci pour ce billet.

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