29 mars 2013 - No Comments!

J’ai perdu mon innocence

J'en ai déjà parlé ici, les débats, les commentaires, les manifestations contre le mariage pour tous pèsent sur mon moral. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée pour ces homosexuels qui ne s'assument pas, qui vivent mal leur orientation sexuelle, à qui on dit de façon de plus en plus décomplexée "va crever petite tapette".

Les homosexuels ont un taux de suicide 13 fois plus élevé que les hétérosexuels. Treize fois. Treize. Et ça, c'est en temps "normal", quand le climat n'est pas hostile.

Le Refuge, association accueillant les jeunes homos fichus dehors par leur famille (qui a pourtant de si belles valeurs) a enregistré en 2012 deux fois plus d'accueils qu'en 2011, dont la moitié en décembre, mois durant lequel ont commencé les hostilités.

Tout s'est rapproché

Après ces quelques mois de débats, où ces gens qui prônent la famille défilent et font défiler leurs jeunes enfants encore incapables de penser par eux-mêmes, dans le simple but de s'imposer comme unique modèle de valeur, j'ai réalisé une chose : ces gens-là m'ont fait perdre mon innocence.

Je sais que l'homophobie existe. Je sais que des gens en tuent d'autres à cause de leur orientation sexuelle. Je sais que certaines de mes amies ont été reniées par leurs parents. Je le sais.

Ce que je ne savais pas, c'est qu'elle était si proche, si palpable, si présente. Je ne savais pas que les gens qui m'entouraient, dans le métro, dans la rue, dans mon village, pouvaient être des gens haineux au point d'être si violent. De mettre des enfants, leurs enfants, en face de CRS.

Et aujourd'hui, quand je suis dans le métro et que je souris à un vieux monsieur à qui j'ai cédé ma place, mon cœur se serre et je me dis "et si c'était un de ces connards ?". Et puis, dans la mili-seconde qui suit, je me déteste d'avoir eu cette pensée. Alors évidemment, j'ai pour habitude de dire "il ne faut pas généraliser". 200 000 personnes ne peuvent pas être les représentants d'une pensée unique. Mais quand même. Je déteste ce que ces gens ont fait de moi. Je déteste ce que les médias ont relayé. Je déteste que ces manifestants, et une habile manipulation médiatique qui les a mis en lumière absolument partout, aient fait de moi cette personne qui se méfie de l'Autre.

 

Published by: Christelle Mozzati in Réflexions

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